Découvrir une culture par l’enseignement

Découvrir une culture par l’enseignement

Cette année, l’école de Richmond Road célèbre les 20 ans de l’Archipel, la section d’enseignement bilingue anglais-français d’Auckland. L’aventure a commencé dans les années 90 lorsqu’un groupe de parents francophones s’est interrogé sur la meilleure façon de maintenir et développer le français chez leurs enfants après leur installation en Nouvelle-Zélande. Depuis, familles et professeurs ont travaillé ensemble et un nombre croissant d’enfants ont rejoint les différentes sections ouvertes dans la ville. Laurine, une jeune française a décidé de faire un stage au sein de cette école. Une expérience riche dont elle a décidé de nous parler…

Depuis que j’avais dans la tête le projet de venir en Nouvelle-Zélande, j’avais envisagé plusieurs pistes afin de m’imprégner au mieux de la culture. Parallèlement à ce voyage, trottait dans mon esprit, entre autre, de devenir maîtresse… j’avais trouvé : je voulais découvrir le modèle d’enseignement d’ici. Âgée de 26 ans, je ne voulais pas simplement voyager au gré du vent. Intégrer un projet professionnel m’était capital.

Après l’idée, il me fallait donc trouver une école, une structure pédagogique pour m’accueillir… au 21ème siècle : Clic clic clic… Me voilà à poster mon projet sur le groupe Facebook « Les français en Nouvelle-Zélande » ! Après seulement quelques heures deux réponses me sont déjà envoyées… La communauté francophone m’aidait déjà dans la préparation de mon voyage !

Deux jeunes filles avaient réalisé leur stage dans cette école bilingue d’Auckland : Richmond Road School. Me voilà donc à nouveau devant mon ordinateur à peaufiner mon CV et à préparer une lettre de motivation. Faire au mieux pour saisir cette opportunité, je prends quelques jours avant d’envoyer le tout ! L’école me contacte et me pose quelques questions puis, un entretien Skype. Les démarches sont simples et efficaces, bienvenue en Nouvelle-Zélande J

L’école me demande comment je compte résider le temps de mon stage… Ils me proposent de passer une annonce dans le journal scolaire et me disent qu’être jeune fille au pair se fait très régulièrement ici (comme dans tous les pays anglophones de manière générale). Je n’avais pas envisagé être « fille au pair » jusqu’à présent mais dans ce contexte de stage et à l’autre bout du monde, me voilà convaincue que ce schéma sera parfait, pour un premier temps du moins.

Le nombre de retours en seulement quelques jours me surprend : 7 demandes en moins d’une semaine ! Mon premier entretien Skype avec une famille s’avère plus que convainquant, je m’arrêterai là dans mes recherches, j’ai trouvé chaussure à mon pied !

Auckland – aéroport – novembre 2015

Il fait chaud et je fais tomber la veste en arrivant. Et oui, à moi un deuxième été consécutif ! Ma famille d’accueil vient me chercher. M’y voilà ! Arrivée le mercredi, me voilà déjà le jeudi à l’école. Profitons profitons, tout le monde dit que le temps passe trop vite en Nouvelle-Zélande !

Après une première nuit à Auckland, direction l’école. Je découvre ma classe, l’institutrice et tous ces petits âgés entre 5 et 7 ans. Ils me parlent en anglais et en français, bienvenue à Richmond Road School ! Cette école bilingue enseigne dans les deux langues. Le niveau des enfants est surprenant. Ils lisent déjà ou sont en apprentissage très actif !

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(c’est moi, à droite sur la photo !)

Au fur et à mesure du temps, autant dire que j’en ai vu de toutes les couleurs par cette expérience ! Ici, pas de bureau pour les enfants…Tous les enfants s’assoient sur le tapis et ils bougent beaucoup dans cette classe débordante d’énergie. Force est de constater aussi que ces petits sont déjà très autonomes.

Je constatai des différences dans le rapport adulte-enfant. Je n’arrivai pas à l’expliquer. Petit à petit, j’avais saisi : l’adulte n’est pas supérieur à l’enfant. La parole d’un enfant est toute aussi importante que celle d’un adulte et un enfant peu avoir tout aussi raison qu’un adulte. J’en ai parfois perdu mon nord qu’en réalisant qu’ils s’adressaient à moi de la même manière qu’à leur camarade de classe. Je l’ai parfois pris comme un manque de respect puis ai tenté de m’éloigner de cette philosophie typiquement francophone et ai mis mes principes de côté. Aussi, on ne dispute pas un enfant… et au lieu de mettre en avant les erreurs (système français), il faut toujours mettre en avant les points positifs ! Assez compliqué lorsqu’un enfant n’obéit absolument pas… donc il m’aura fallu faire preuve de patience et d’originalité !

A titre d’exemple ; cette expérience à eu lieu dans la cour de récréation : 3-4 enfants se sont donné des coups de pieds : on m’a demandé de les réunir et chacun leur tour ils ont dû expliquer ce qu’ils avaient ressenti. Le but en les réunissant n’était pas de trouver le fautif mais de rétablir la communication entre eux. Consigne primordiale : interdiction de citer le prénom des autres enfants. Par ce biais là, aucun cri, aucune remarque désobligeante et pas de critique les uns contre les autres.

Par l’école, ce n’est pas « simplement » l’éducation et la pédagogie que l’on découvre ! C’est un lieu privilégié pour observer les habitudes des enfants mais c’est aussi le fonctionnement des familles. Les enfants racontent beaucoup de choses et le sens de l’écoute est sollicité en permanence en étant assistante maîtresse. Par le biais des enfants j’ai découvert leurs activités du week-end, le programme des vacances, le déroulement des soirées, les habitudes… Je ressentis une culture sportive : les petits d’ici m’ont conforté dans mon idée. Je ressentais une hygiène de vie saine : une consommation de fruits et légumes très importante et des parents qui tentent indéniablement de lutter contre les sucreries ! « T’as un petit creux ? Mange une carotte ! » (et promis c’est véridique ! J’ai tenté d’en prendre de la graine… ça a parfois marché !)

Etant un pays décontracté et tolérant, je fus souvent surprise par la manière dont s’habillaient les enfants. Chacun fait comme il veut ! En France je connaissais une famille franco-canadienne et je pensais souvent à eux, je retrouvais l’esprit canadien y compris et surtout à travers l’éduction inculquée dans ce pays à l’opposé géographiquement parlant. L’apparence des enfants (et des adultes aussi) demeure bien moins importante ici qu’en France. Quotidiennement 2, 3 enfants arrivaient déguisés, au bon gré de leur envie matinale.

Un autre aspect me surprenait depuis mon arrivée : je voyais régulièrement des gens pieds-nus (au parc, dans la rue, au supermarché…). Enfin j’avais ma réponse : c’est culturel, c’est totalement courant et accepté dès le plus jeune âge ! Si vous aimez marcher pieds nus, ce pays est fait pour vous !!

Enfin, pour les adeptes de la cantine scolaire et des lancers de boulettes de pain, préparez déjà votre retour. Ici les enfants mangent dans la cour de récréation ou sur le tapis de la classe en quelques minutes ! Chacun apporte son repas et c’est « snack » tous les jours ! Ceci reste pour moi le gros point négatif. Je ne m’y suis pas faite et ne m’y ferai pas je pense.

Fini le temps des bureaux nominatifs et place aux nouvelles technologies. Un ordinateur, un iPad et une télé par classe : la technologie au service de l’éducation ! De nombreux jeux/ activités se font sur support numérique mais toujours sous forme pédagogique. J’étais réticente, voilà qui m’a fait changer d’idée ! Un enfant pose une question et ses camarades ne savent pas répondre ? Alors cherchons tous ensemble la réponse ! Judicieux, intéressant, valorisant et auto-apprentissage.

Avec du recul mais toujours dans cette culture anglophone, je n’exclus pas que ce type d’éducation expliquerait l’ouverture d’esprit des néo-zélandais et leur facilité à entreprendre. Le tissu économique est composé d’une multitude de petites entreprises.

Les petits néo-zélandais terminent l’école vers 3 heures… ce qui leur laisse du temps pour jouer ou pour faire une activité extra-scolaire. Ne pas terminer l’école trop tard laisse davantage de temps pour bouger, jouer et apprendre hors du contexte scolaire.

Côtoyer ces enfants m’a aussi permis de découvrir les activités « locales ». Le netball, le rugby, le criquet… Une diversité d’activités très attrayante et une initiation dès le plus jeune âge : voilà ce qui pourrait expliquer, en partie, leur polyvalence et leur facilité à commencer une nouvelle expérience. Ils se lancent dans de nouvelles activités très facilement et aiment débuter et apprendre.

Bien évidement c’est mon constat personnel…

Laurine Bertrand

Photo de tête : Carole, co-directrice de Frogs, et son fils devant Richmond Road School

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